Emporté par la foule

Réponse à LaurentDoucet et sa note le Crowdfunding est il un filon à papillons cons ?

Avant toute chose, il faut revenir à la base, qu’est ce que le crowdfunfing (un futur QN hors série tiens)?

Comme tu l’as fait au tout début de l’article, on pourrait traduire cet anglicisme par la foule crowd et le financement funding. En gros, le but général du crowdfunding est de faire financer un projet par un certain nombre de personne, qui, par définition, croient en ce projet.

Mais, quand on commence un peu à fouiller le sujet, tout n’est pas aussi simple. Dans cette définition il n’est jamais fait mention du retour que peut attendre le crowdfunder (barbarisme quand tu nous tiens). Or, c’est ce point particulier qui m’intéresse.

Tu mets dans le même panier, plusieurs sites qui se réclament tous du crowdfunding, mais qui, au final, sont très différent les uns des autres. Il y a plusieurs finalités au financement que je vais détailler.

Tout d’abord, la première finalité se rapproche plus de l’investissement voire du casino. C’est celle que promeut MyMajorCompany. Sur ce site, le public va choisir quel artiste/projet sera produit par MMC et, si le succès est au rendez vous, recevra des dividendes. Je parle d’artiste / projet puisque MMC s’est diversifié en dehors du domaine de la musique vers le livre, la Bd, le film, l’écologie etc. Là où c’est le plus amusant, c’est qu’ainsi MMC (en contrat exclusif avec Warner music france depuis 2008), et son label MMCL vont pouvoir produire des « objets culturels » SANS JAMAIS PRENDRE DE RISQUE. Puisque, dans le cas présent, c’est le public qui va le prendre, le risque. Si le projet ne marche pas, c’est le couillon qui y a cru qui se prendra un gros « c’est le jeu ma pauv’lucette ».

On entre quasiment dans le cas d’une « arnaque à pigeon » (expression chère à mon cœur). Rentabilité maximum, risque 0, MMC est ultra gagnante, puisqu’elle n’apporte qu’un nom pour concentrer tout les projets et les attentions.

La seconde finalité, plus ou moins « altruiste », est purement monétaire. C’est l’apanage de certains sites de crowdfunding qui peuvent se rapprocher du principe de fonctionnement d’une banque. Ils proposent au crowd de prêter de l’argent avec intérêt : friendsclear ou sans intérêt : babyloan. Pourrait on qualifier ça de crowdbank ? On arrive même parfois à un système de micro crédit en échange de part de la société. Ça ne vous rappelle rien? De l’argent contre des parts de société? C’est un peu le système de l’actionnariat non? Crowdfunding et actionnariat réunis dans nouveau modèle de financement, c’est beau les réseaux sociaux non?

La troisième finalité est elle, plus matérielle. Dans un système comme Ulule ou kickstarter, le crowd donne de l’argent, en échange d’une contrepartie proportionnelle à son « investissement ». D’un simple remerciement en passant par un exemplaire du livre crowdfundé jusqu’à un repas avec l’équipe du jeu, visite des locaux « et plein d’autres trucs qu’on ne peut pas mettre ici parce que c’est trop énooooorme » (contrepartie pour une participation de 10 000 $ dans le projet de tim schafer sur kickstarter). A savoir, que si le projet n’est pas financé, le financeur récupère son argent. Et c’est peut être ça, le plus révolutionnaire ou le plus fourbe dans tout ça, ça dépend de votre point de vue.

Maintenant que les bases sont posée, passons à la suite.

« En français et au Jeopardy (mais qui se souvient du Jéopardy ?) une telle définition nous donne aumône ou mendicité. « 

Aumône : ce qu’on donne aux pauvres par charité. (médiadico)

Ce que l’on accorde par bienveillance.

On est bien loin de l’aumône ou de la mendicité. Dans les 3 cas on attend quelque chose en retour.

Mais la solution est peut être dans les synonymes de mendier : quémander, queter, aperoducaptain, solliciter.

Solliciter.

Le crowdfunding, se base sur la capacité du bas peuple à parler de ce qu’il aime. On a bien vu la pandémie des skyblogs et autre avis des lecteurs se multiplier sur la toile depuis les années 2000 et l’arrivée de l’internet multimédia du ouaibe 2.0 n’a rien arrangé.

Donc, fausse nouveauté, j’en doute.

Il y a une idée géniale dans tout ça, mais tu n’es pas sur la bonne voie.

La véritable idée géniale du « foulesousous » (j’en ai marre de crowdfunding), c’est le pourcentage prélevé par le site. Un site comme Ulule prend en moyenne, 8 % de l’argent d’un projet financé. On peu imaginer la joie de kickstarter quand le projet de double fine à été financé avec 3 336 371 dollars, soit, pour 8% de prélèvement, 267000 dollars environs.

Pas mal hein?

Bien sûr cela reste un cas particulier, mais les sites de foulesousous, ne seraient ils pas tombé sur le quasi seul moyen de faire du pognon avec les réseaux sociaux (coucou facebook, instagram, twitter etc)?

Ulule se vante de plus de 60% de projets financés, et c’est de là que vient leur financement, les projets financés avec succès.

Ensuite, un projet foulesousous-é n’est pas une taxe, personne ne t’oblige à y participer. Ce n’est ni un impôt, ni un racket. Et, jusqu’à preuve du contraire, les foulesousous-eurs ont reçu les contrepartie à hauteur de leur investissements.

Et comme tout système à ses limites, je t’en offre la preuve.

C’est le projet Haunts : the Manse Macabre, qui est parti en sucette quelques mois après son financement. Les plèbethune-iens (j’en ai marre de foulesousous) attendent encore leur contrepartie.

C’est peut être un des défauts de ce type de financement. Au final, les garanties sont mince. Le site garanti le « sérieux » des projets, mais n’assure pas que vous receviez votre contrepartie (FAQ Ulule). Tout dépend de l’honnêteté, de la confiance que vous accordez à la personne. Et actuellement, le cadre législatif est assez flou sur le sujet.

Je ne comprend pas ton argument du « payer trois fois ». La seule chose qui change, dans le cas d’un Ulule j’entends bien, c’est aussi bien une prise de conscience qu’un intérêt plus fort pour un objet culturel.

Un projet que j’ai « aidé » m’intéressera d’autant plus que ma mise à été importante. Mon coup de pouce, même modeste, aura aidé à la réalisation de quelqu’un. Suivant mon niveau de contribution, je peux même avoir quelques bonus, une sorte de collector.

Si j’investis suffisamment dans un livre sur ces plateforme et que je le reçoive. Combien de fois l’ai-je payé?

Une seule. Je l’ai payé au prix en boutique ou presque.

Ce n’est peut être que psychologique, mais, me dire que le pognon que j’ai lâché pour posséder un projet plèbethuné ne partira pas dans 14 intermédiaires mais quasi directement à l’entrepreneur lui même me plait.

Et on en revient à la révolution que sont l’informatique, internet et les réseaux sociaux. Il est de plus en plus possible de se passer des distributeurs et des intermédiaires. Il n’y a qu’a voir le boum de la vente en ligne, que ce soit sur de gros sites ou de petits blogs. Qui aurait pensé, il y a quelques années, vendre ses propres T shirt avec son logo ? Ses propres badges?

Là où je te rejoins, c’est que l’économie classique a peut être fait son temps. Sans parler de révolution, la « grosse » économie ne voit plus qu’en terme de rentabilité assurée et dividendes. On sait bien que tous les ans, nous aurons notre jeu estampillé EA GAMES (itzineugème), notre battlefield / call of duty, notre fifa / PES qui reviendra avec une régularité digne de nos amis amateurs de coucous et de chocolats.

La prise de risque se fait de plus en plus rare. Et sans prendre de risque, on n’avance pas.

Si le prix à payer pour voir des choses différentes se concrétiser, est juste le fait de « miser » un peu de mon argent, c’est le genre d' »aumône » que je tente avec plaisir et bienveillance.

 

Source : canardPC du 15 mai 2012 : dossier jurigeek de Grand Maitre B : « Les dangers du Crowd-funding« ,

4 comments

  1. Remchaiat dit :

    Vaste sujet…. mais très actuel. Je vais de ce pas enfoncer 2-3 portes ouvertes.
    Je doute que l’escroquerie soit née avec le crowdfunding… et il est évident que ce n’est pas parce que tel ou tel projet a mal tourné que c’est tout le système qui est en cause.

    Pour moi ce système découle de l’ère du web 2.0 avec réseaux sociaux, streams etc you name it. On a pris l’habitude du « tout gratos »: mater les séries, écouter la musique les podcasts, suivre des tournois e-sports sur Twitch, j’en passe…. Mais c’est illusoire voir « malhonnête » dans certains cas. Ceux qui produisent les contenus investissent du temps, des ressources, bref fournissent un travail que l’on est libre d’apprécier ou pas.
    Investir (puisque imho il s’agit de cela avec le crowdfunding) dans un produit qui nous plait et à hauteur que l’on souhaite ne me semble pas scandaleux… Et la j’ai un scoop: il n’y a pas de risque 0 sur le net pas plus qu’IRL => alerte Captain Obvious terminée

    Comme dit dans l’article, il ne s’agit pas d’une taxe. Chacun est libre soit de participer à hauteur qu’il le souhaite, et si on pousse un peu, soit d’en profiter sur le dos des autres et de s’en vanter sur les chans…. (je pense par ex à Tales of the Lane). Oui je caricature mais pas tant que ca…

    Enfin pour moi, le crowdfunding s’inscrit dans la même démarche que désactiver Adblock sur les streams que l’on aime ou se payer des skins sur LoL. Je me plais à penser que je ne me contente pas de profiter de la toile comme un ingrat mais que je la rémunère aussi parfois pour le contenu qu’elle m’apporte.
    Est ce si étonnant?

  2. zedkuesde dit :

    Super article de M’sieur Barberouss 🙂 intéressant, bien écrit et drôle ! 😉

  3. Azertoff dit :

    Personnellement je n’ai encore jamais participé à ce genre de projet.
    Comme a dit Remchaiat, je suis plus pour récompenser les auteurs lorsque ça me plait, que de ne pas savoir à quoi m’attendre et d’être plutôt déçu au final.

    Faut juste savoir que j’ai grandi avec l’arrivée d’internet et du téléchargement à tout va (à cette époque j’étais jeune et con), mais c’est en grandissant que j’ai découvert qu’il y avait du monde derrière ce que je regardais et que je me suis mis à soutenir ce que j’aimais bien. Et donc d’acheter des produits dérivés/DVD.

    Pour en revenir aux foulesousous présentés par le barbu roux, il y en a de plusieurs type et certains sont clairement une arnaque pour les utilisateurs, car ils permettent aux majors de prendre le moins de risque et d’avoir ainsi un « retour sur investissement » en cas de succès sans trop se forcer.
    Exemple même de la bd « Chômeur et sa belle » de Jacques Louis, qui fut financée en 5 semaine sur MMC.
    C’est cool pour lui, mais il avait aucun souci à se faire, puisque que Depuis allait quand même éditer son album (avec ou sans MMC). (source dans un roadstrip de davy)

  4. nfevrier dit :

    A mon tour de me lancer sur les évidences, à propos du crowdfunding à la kickstarter (je ne commente pas les MMC ou autres qui ne m’intéressent pas vraiment).

    Le concept est séduisant et nous sommes beaucoup à s’être laissés tenter mais je pense que l’on va voir un essoufflement du crowdfunding  » si ce n’est pas déjà le cas:
    – à cause de la multiplication des offres (et de la dilution)
    – à cause des cas de plus en plus fréquents de clients mécontents

    En effet, on (j’)achète énormément sur recommandations (bouche à oreilles ou via des influenceurs), lecture de tests, … pour au final faire un choix de produits que l’on pense être le meilleur. Dans le cas des produits crowdfundés, on fait un pari.

    Cela n’a absolument rien à voir avec la rémunération d’un contenu à la valeur subjective.

    Si les produits matériels dans lesquels je me suis investi (et pas seulement financièrement, car je m’en suis fait aussi l’avocat et le PR) ne s’avèrent pas à la hauteur de ce que j’ai imaginé, je pense que je vais lever le pied sérieusement et réfléchir un peu plus au coups (coûts) suivants.

    Dans mon propre cas, ce sera cette montre Pebble…

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